19
Jan 2017

Le raidissement des positions observé dans la crise qui secoue les Régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest de notre pays nous dicte le présent appel à la retenue, au rejet des provocations et aux dérives, à l’escalade de la violence, à la création des conditions de l’instauration de la confiance préalable à un dialogue républicain apaisé et patriotique.

Le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) regrette profondément l’échec des laborieuses discussions péniblement ouvertes entre le Gouvernement et les leaders anglophones dans la crise en cours dans les Régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest. Cet échec, qui a été sanctionné, le mardi 17 janvier 2017, par l’interdiction de la Cameroon Anglophone Civil Society Consortium (CACSC) et de la Southern Cameroons National Council (SCNC), et l’adoption par le porte-parole du Gouvernement d’un ton guerrier fait redouter une montée de la violence dans ces deux Régions de notre pays. En effet, la nouvelle posture du Gouvernement fait courir un risque réel à la paix et l’unité nationale.

D’un autre côté, l’agitation du spectre de la sécession ne créé pas un climat propice au dialogue. Pour des raisons tenant à notre histoire nationale qu’il convient de ne jamais perdre de vue, chacun sait que l’option sécessionniste est simplement inacceptable. On présente la revendication du fédéralisme dans la confusion avec cette idée de sécession. J’ai la conviction qu’une large majorité des Camerounais, anglophones et francophones qui observent le silence, ne seraient pas favorables  à un retour pure et simple de notre pays à la situation de 1961. Un peuple, une nation, n’écrit pas son histoire à reculons. Néanmoins, je crois qu’il est bon, dans un contexte effervescent et volatile comme celui qui règne à l’heure actuelle, de convenir que les différentes options soient au menu du dialogue. Il nous faut clarifier les problèmes et rechercher ensemble, de façon patriotique et dans le respect des uns et des autres, les solutions adéquates pour les résoudre durablement. On ne devra pas perdre de vue que sur une question comme la forme de l’Etat, politiquement aussi sensible pour des raisons historiques propres à notre pays, la décision ultime appartient au peuple camerounais, parce qu’une telle décision peut affecter le vivre ensemble et notre avenir commun.

Dans l’effort engagé en vue de résoudre la crise, l’invocation par le Gouvernement de la loi anti-terroriste concomitamment à l’échec des négociations avec les protagonistes de la partie anglophone est incohérente. En effet, agir de la sorte revient pour le Gouvernement à dire que des personnes avec qui il discute officiellement depuis plusieurs semaines sont des terroristes; c’est aussi un aveu d’impuissance, car une telle posture montre que face à la difficulté, le Gouvernement a choisi la fuite en avant à travers le recours à la violence multiforme. Le MRC s’inquiète de cette instrumentalisation politique de la loi anti-terroriste contre lequel il s’était élevé fermement et avait mis en garde le peuple camerounais dès son adoption en 2015; car il avait bien vu que derrière cette fameuse loi, se cachait une volonté de s’en servir pour caporaliser la société. Ceux qui en doutaient en ont désormais la preuve.

S’agissant du problème anglophone, le MRC est la première, et à vrai dire, la seule organisation politique du pays à l’avoir identifié et reconnu comme tel: il l’avait inscrit dans son projet de société dès son lancement en août 2012 et déclaré clairement que ce problème ne pouvait être résolu que dans le cadre d’un dialogue républicain. Cette question dont le RDPC et le Gouvernement n’ont jusqu’ici pas officiellement admis l’existence est, en raison du fait qu’il touche au vivre ensemble dans notre pays, un authentique problème politique.

Lors de son meeting du 25 juin 2016 à Bamenda, notre parti a réaffirmé l’existence de ce problème et réitéré la voie du dialogue, en soulignant l’importance de sa résolution pour l’enracinement d’un sentiment national partagé par tous, ainsi que pour l’unité et la concorde nationales. Cette exhortation a été réitérée lors de notre meeting tenu à Ngaoundéré, le 10 décembre 2016, alors que la crise commençait à prendre une tournure préoccupante. Malheureusement, nous n’avons pas été entendus.

La crise politique profonde qui secoue les Régions du Sud-ouest et du Nord-ouest étale l’ampleur de la crise de confiance entre les élites anglophones du RDPC, qui sont présentes à tous les niveaux de l’État, tant en ce qui concerne les postes électifs que les postes ministériels et administratifs, et les populations de ces deux régions. Les nombreuses personnes tuées ou blessées par les forces de maintien de l’ordre, notamment après la scandaleuse provocation du RDPC du 8 décembre 2016 à Bamenda, la torture et les traitements cruels inhumains et dégradants infligés à des étudiants et autres jeunes tirés de leurs logements, principalement à Buéa, et l’absence de résultats dans l’enquête ordonnée à la suite de ces actes indignes de notre pays ont ruiné toute confiance entre le Gouvernement et les nouveaux leaders légitimes des populations des deux Régions anglophones.

C’est en considération de cette situation peu propice à un dialogue constructif que j’ai donné la position du MRC, au cours de notre meeting du 10 décembre 2016 à Ngaoundéré.

Après avoir souligné avec force que la sécession ne saurait être la solution au problème anglophone, j’ai proposé au Gouvernement la mise en place d’un groupe de personnalités de différents bords politiques, d’autorités traditionnelles, de leaders religieux et de membres de la société civile, constitué en une Délégation.

Cette Délégation aurait pour mission de se rendre dans les Régions anglophones du pays pour essayer d’apaiser la situation et préparer le terrain à un dialogue républicain dont le Chef de l’Etat devrait organiser le cadre. Il s’agit en somme d’une démarche en deux temps. D’abord, le temps de l’apaisement par un geste à la fois politique et symbolique, conforme à nos traditions, qui permettra de restaurer la confiance, car il devra comporter un certain nombre de mesures de désescalade qui aideront à détendre le climat qui prévaut actuellement. Puis, le temps du dialogue, faisant appel au patriotisme et à un sens élevé des responsabilités des parties qui seront impliquées dans les discussions républicaines qui s’imposent. J’insiste sur le fait que pour être productif, le dialogue dans un tel contexte doit être précédé par de véritables mesures de confiance.

Je réitère cette proposition au Gouvernement, ceci d’autant plus qu’il n’y a pas d’alternative au dialogue dans cette crise politique qui tourne progressivement en un drame national. A cet égard, je fais ici état, à l’intention du Gouvernement ainsi qu’à celle de ses interlocuteurs anglophones dans cette crise, de mon entière disponibilité, au service de la Nation et de son Unité, lesquelles avaient dicté aux pères de la Réunification leur choix sage et patriotique.

Dans la recherche de la solution à cette situation qui peut mettre en péril l’unité nationale, le président de la République ne doit pas céder aux faucons de son camp politique, notamment à certains responsables politiques francophones discrédités et aux élites anglophones du RDPC publiquement désavouées, qui ruminent leur rage et rêvent de revanche sur les populations et leurs nouveaux légitimes leaders.

La situation politique et sécuritaire dans les deux régions est préoccupante. Leur militarisation et les arrestations de ceux avec qui le Gouvernement discutait hier encore ne résoudront pas la crise.

De leur côté, les leaders des populations des deux régions anglophones doivent condamner fermement les dérives violentes contre les personnes et les atteintes aux biens, qu’ils soient publics ou privés. Il est insoutenable et par conséquent inacceptable de voir un écolier bastonné pour avoir osé prendre le chemin de l’école, des élèves chassés des classes par des individus incontrôlables.

L’urgence de la recherche d’une solution politique pertinente à la crise ne laisse de place ni aux grandiloquents « temps du président », ni aux dommageables « silences présidentiels ». Le président de la République, dont le rôle est central dans la résolution de cette grave crise en raison de ses attributions constitutionnelles, ne doit pas perdre de vue que l’absence de la mise en place des Régions depuis 20 ans, notamment des Conseils régionaux prévus par la Constitution du 18 janvier 1996, est incontestablement une des causes majeures de la résurgence brutale de ce problème anglophone. A la vérité, le régionalisme introduit dans cette Constitution de 1996 fut une sorte de compromis entre les thèses qui étaient alors en présence sur la forme de l’Etat.

Le MRC appelle le Gouvernement, les forces de maintien de l’ordre, les populations du Nord-ouest et du Sud-ouest et leurs nouveaux leaders légitimes au rejet des provocations et des dérives violentes, au sens élevé des responsabilités et à l’esprit patriotique qui doivent animer et animent, j’en suis convaincu, les uns et les autres, frères et sœurs de sang et citoyens égaux dans la République au sein de laquelle chaque composante de la Nation doit trouver toute sa place. Assez de sang versé ! Assez de larmes coulées dans notre Maison commune ! Nous avons une seule patrie qui nous est chère à nous tous. La colère légitime et les maladresses arrogantes ne doivent pas la détruire. Il n’y a rien que nous ne puissions régler entre Camerounais!

Pr. Maurice KAMTO,
Président National  du MRC
Yaoundé, le 19 janvier 2017