29
Déc 2016

Camerounaises, Camerounais,

Mes chers compatriotes de l’intérieur et de la diaspora,

L’année qui s’achève a été une année riche d’évènements qui ont attristé notre peuple. Il s’agit d’une année d’épreuves sur le plan de la sûreté et de la sécurité des citoyens camerounais, ainsi que du vivre ensemble et du devenir de notre Etat-nation, comme le montre de manière inquiétante la question anglophone. En outre, cette fin d’année 2016 marque un nouveau tournant régressif dans le domaine économique et social de notre pays.

Sur la question anglophone

L’année 2016 s’achève sur des violences tragiques dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Aux viols, à la torture et aux traitements cruels, inhumains et dégradants de jeunes filles désemparées traquées dans les taudis qui leur tiennent lieu de résidence universitaire à Buea, se sont ajoutés les massacres de populations révoltées mais sans armes, notamment à Bamenda et Kumba. Nous avons condamné et condamnons encore fermement ce comportement inacceptable, car rien ne peut justifier de tels actes criminels de la part d’un Gouvernement dont la mission première est de protéger les populations, d’être à l’écoute de leurs plaintes et de répondre à leurs doléances.

Dans un contexte politique et social rendu hostile au Gouvernement en raison des propos irresponsables de certains ministres, les mêmes autorités administratives, qui ne manquent jamais de prétexte pour interdire les meetings du MRC et d’autres manifestations de l’opposition, ont accordé avec une complaisance coupable l’autorisation de la tenue d’un meeting du RDPC, le jeudi 08 décembre 2016. Ce meeting, qui n’était en réalité qu’une diabolique provocation administrative et politique a, comme on pouvait s’y attendre, tourné en affrontements et excès divers. Dans ce contexte d’embrasement populaire, quelques individus on cru devoir provoquer les Camerounais en désacralisant publiquement les armoiries de la République. Ces provocateurs qui ont foulé au pied puis brûlé le drapeau du Cameroun, symbole révéré chargé d’une mystique indéchiffrable de notre amour commun pour notre patrie, auraient dû être arrêtés et traduits devant les tribunaux pour y être jugés et punis conformément à la loi. Au lieu de cela, les forces de sécurité et de défense ont décidé de transformer une simple opération de maintien de l’ordre en une opération de guerre urbaine. Dans un déchaînement de violence disproportionnée et inutile, elles ont appelé les militaires en renfort, alors même qu’à aucun moment le gouvernement n’a révélé à l’opinion que les contestataires étaient armés; comme en 2008, ils ont abattu des Camerounais aux mains nues.

La revendication du fédéralisme n’est pas un crime. Rien ne justifie donc la  mort infligée à des Camerounais qui formulent une telle revendication. Le MRC réitère sa demande de l’ouverture d’une enquête diligente pour établir toutes les responsabilités, administratives, policières et militaires; rechercher et poursuivre en justice les éléments des forces de sécurité et de défense qui ont abattu des compatriotes aux mains nues avec les armes de la République, violé et infligé à des étudiants des traitements cruels et inhumains sur le campus et dans leurs résidences, notamment à Buea.

Il existe donc dans notre pays une question anglophone, que même ceux qui la niaient obstinément depuis des années sont désormais obligés de reconnaître. Le MRC l’a affirmé dès son lancement en août 2012  et en a fait un point d’intérêt majeur de son projet de société.

Il faut aborder cette question en distinguant la méthode du fond.

En ce qui concerne la méthode, le MRC a soutenu de façon constante que cette question doit être discutée et réglée dans le cadre d’un dialogue républicain, et en a appelé à ceux qui sont en charge des affaires du pays aujourd’hui afin qu’ils mettent en place un cadre pour ce dialogue. Le MRC est incontestablement le promoteur de cette idée de dialogue comme seule démarche adéquate pour aborder cette épineuse question, puisse qu’il l’a proposée dès 2012, l’a réitéré lors de son meeting à Bamenda le 25 juin 2016 et de son meeting à Ngaoundéré le 10 décembre 2016. Cette proposition semble partagée aujourd’hui par toute la classe politique, et nous ne pouvons que nous en réjouir, même si cette conversion est bien trop tardive, notamment en ce qui concerne le Gouvernement; car, on aurait pu éviter le drame qui a endeuillé le pays du fait des nombreux morts causés dans les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest si l’on avait prêté attention à nos appels réitérés au dialogue.

S’agissant du fond, diverses positions se sont exprimées, et l’on assiste à une opposition entre les tenants du fédéralisme avec un nombre variable d’Etats fédérés et les champions arrogants d’un centralisme figé et étouffant.

Le MRC estime que le dialogue souhaité ne doit pas être préempté par des positions immuables arrêtées avant son organisation. A cet égard, il a toujours dit clairement aux compatriotes des régions anglophones que la sécession ne peut être en aucun cas une solution à leur mal être au sein de la Nation camerounaise, et que une fois ce point non négociable admis par tous, toutes les propositions peuvent être mises sur la table du dialogue. A cet égard, le MRC tient le pouvoir actuel pour responsable de la crise politique née du soulèvement de nos compatriotes anglophones, car la mise en place des Régions prévues par la Constitution de 1996, qui confère une large autonomie aux collectivités  territoriales décentralisées, aurait sans doute enlevé leur pertinence aux revendications de nos compatriotes du Nord-Ouest et du Sud-Ouest s’agissant en particulier de la forme de l’Etat. En effet, la résurgence, sous une forme violente, des revendications portant sur la forme de l’État, qui vient fausser aujourd’hui les termes du débat politique sur l’avenir préoccupant de notre pays, est la conséquence de vingt ans d’atermoiements, de roublardise et de calculs politiques mesquins qui ont paralysé et paralysent encore la mise en œuvre complète de la Constitution de 1996. Il s’agit d’un des nombreux révélateurs de l’échec de la politique du gouvernement en matière de décentralisation et de démocratisation.

En tout état de cause, le MRC considère qu’un retour pur et simple à un fédéralisme à deux, entre l’ancien Cameroun oriental et l’ancien Cameroun occidental, tel qu’il existait en 1961, serait une douloureuse régression dans l’histoire politique de notre pays. A la vérité, il s’agirait d’un reniement de plus d’un demi siècle d’histoire commune et de tout ce que l’ensemble des Camerounais, anglophones et francophones ont pu et su accomplir ensemble, pour faire de notre pays une nation singulière en Afrique et dans le monde.

Au-delà des allégations sur le déroulement de la Conférence de Foumban, qui donna naissance à la République fédérale du Cameroun, nous ne devons pas perdre de vue les raisons objectives avancées en 1972 pour le passage à l’Etat unitaire, ni le fait que l’histoire de l’Etat du Cameroun ne commence pas avec le partage de l’administration de notre pays entre la France et la Grande-Bretagne après la défaite de l’Allemagne lors de la première guerre mondiale. Ce sont tous ces éléments historiques, ces héritages multiples que nous devons avoir à l’esprit, afin de mener judicieusement et uniquement dans l’intérêt supérieur de notre pays les discussions sur la forme de l’Etat. A cet égard, nous devons relever que la décision sur cette question de la forme de l’État relève de la souveraineté du peuple Camerounais et ne saurait être fixée à partir des revendications d’une composante de la nation, si légitimes soient-elles, ni par des arrangements politiques entre groupes politiques.

Sur le drame d’Eséka,

Je réitère une fois de plus les sincères condoléances du MRC aux familles des victimes de ce drame dont le nombre exact reste en débat, malgré les chiffres officiels donnés par le Gouvernement; dans le même élan, je souhaite un prompt rétablissement aux blessés.
Ce drame pose, d’une manière tragique, la question des conditions de la privatisation de la société CAMRAIL, en particulier le problème de la corruption qui gangrène notre pays. En effet, il est urgent de faire toute la lumière sur les conditions et les termes exacts de la concession donnée dans une totale opacité au groupe privé qui opère aujourd’hui notre chemin de fer par des dirigeants eux-mêmes intéressés dans la transaction. Le délai de trente jours donné par le chef de l’État à la commission d’enquête créée à la suite de la tragédie d’Eséka est largement dépassé sans pour autant que les Camerounais soient informés des causes exactes de cet accident de train.

Le Président de la République doit rendre public les conclusions de l’enquête, au risque d’entretenir la défiance de l’opinion vis-à-vis de toutes les commissions d’enquête gouvernementales, comme ce fut le cas à la suite de la catastrophe de Nsam, des émeutes de février 2008, la disparition des neuf de Bepanda, l’assassinat des religieux, l’assassinat des vingt éléments de nos forces de défense, la disparition du bébé de Mme Vanessa TCHATCHOU, la débâcle des Lions Indomptables au Mondial organisé en Afrique du sud et j’en passe.

Ce drame d’Eséka a dévoilé les graves insuffisances du Gouvernement en matière de coordination et de gestion des crises. Qu’il suffise de relever la cacophonie créée par le ministre des Transports qui, avec une légèreté déconcertante, a démenti le déraillement du train alors que la catastrophe avait eu lieu, et n’a pas eu la décence de présenter des excuses aux Camerounais, préférant, comme c’est l’habitude au sein du Gouvernement, trouver des boucs émissaires; l’étalage de l’incapacité du Ministère de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation en matière de gestion de catastrophes et de projection à temps des moyens d’assistance sur le lieu du drame; les atermoiements  du Ministère de la Santé publique qui ont coûté de nombreuses vies; les actions plus spectaculaires qu’efficaces des Ministères en charge de la Sécurité qui n’ont pas facilité la tâche de la justice. Il est venu le temps de s’interroger sur les raisons pour lesquelles l’on n’a pas utilisé les hélicoptères de l’armée pour porter secours aux victimes et les évacuer à temps dans les centres hospitaliers appropriés ? Ces hélicoptères ont pourtant été mobilisés le 8 décembre 2016 à Bamenda, lorsqu’il a fallu réprimer dans le sang les revendications anglophones.

Sur la situation économique du pays,

J’aurais pu m’appesantir cette année encore sur l’absence d’une politique économique cohérente, la destruction des entreprises et des emplois par une fiscalité à l’emporte pièce, le chômage endémique qui frappe en particulier les jeunes, le rythme insoutenable de l’endettement, le déficit structurel de la balance commerciale et de la balance de paiement, l’accroissement de la pauvreté, etc. Mais, la catastrophe que nous redoutions et par rapport à laquelle nous n’avons cessé de tirer la sonnette d’alarme depuis trois ans est arrivée: le Cameroun va être placé à nouveau sous ajustement structurel du Fonds Monétaire International (FMI). En effet, à l’issue du Sommet extraordinaire qui s’est tenu les 22 et 23 décembre 2016 à Yaoundé, il a été décidé, entre autres, « d’ouvrir et de conclure à brève échéance des négociations bilatérales avec le FMI, pour mieux structurer les efforts d’ajustement » des Etats de la CEMAC. Moins de dix ans après avoir atteint le point d’achèvement de l’initiative Pays Pauvre Très Endettés (PPTE) en 2006 et passé la dernière revue du FMI en septembre 2008, après 20 ans d’ajustement structurel dans la sueur et les larmes, voici que le peuple Camerounais est plongé à nouveau dans le même désastre; il doit se nourrir encore des mêmes souffrances, pour combien de temps encore l’on ignore; on l’invite comme toujours depuis un quart de siècle à se serrer encore et encore la ceinture, sans avoir eu le moindre répit, ni jouit du moindre fruit des efforts inhumains consentis durant deux décennies.

Avec ce retour au FMI, le miracle financier que l’on croyait trouver dans la fameuse coopération « stratégique » avec la Chine, simplement parce que le Gouvernement voulait se dispenser des exigences de la bonne gouvernance, en particulier d’une gestion rigoureuse des finances publiques, se révèle n’être qu’un mirage. De même, la promesse de l’émergence en 2035, à laquelle personne de lucide ne pouvait réellement croire au vu des médiocres performances économiques du pays depuis l’adoption du fameux Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE), s’évanouit. En raison de l’incompétence et de la légèreté de ceux qui nous gouvernent, de leur tendance à faire du mensonge économique un art de gestion, le redressement de l’économie nationale est devenu notre Mythe de Sisyphe. Pire, l’on a recouru à l’expertise étrangère pour trouver le traitement approprié pour notre économie malade. Comme s’il manquait des économistes camerounais de talent au Cameroun et à l’étranger. Combien de temps encore mettrons-nous notre destin entre les mains des autres?

Pour la deuxième fois, un même Président de la République place son pays sous la tutelle du FMI. C’est sans précédent! C’est révoltant! C’est inacceptable! C’est surtout la preuve d’une incompétence notoire qui éclate désormais à la face du monde. La preuve aussi que le septennat en cours du Président Biya est un septennat de trop; car, après avoir mené le pays au terme du premier plan d’ajustement structurel dans lequel il l’avait plongé pendant 20 ans, il aurait dû passer la main. Il aurait alors pu prétendre avoir réalisé, au moins en partie, une de ses ambitions qui était d’être celui qui a apporté le progrès économique au Cameroun. Mais croit-il seulement à ce qu’il dit? Faute de démissionner avec son gouvernement, il ne lui reste plus aujourd’hui qu’une seule chance de réaliser son autre ambition qui était d’être celui qui a apporté la démocratie à notre pays: organiser les conditions d’une alternance pacifique et démocratique en 2018, à travers des élections justes et transparentes sur la base d’un code électoral consensuel nettoyé des facteurs de la fraude. Le MRC n’a cessé de réclamer la révision du code électoral en ce sens. Cela devient une nécessité impérieuse dans l’intérêt même du Président de la République.

Sur le code électoral,

Il convient de rappeler que le 4 décembre 2015, le MRC lançait à Yaoundé, et dans une violence inutile des forces de sécurité, la campagne «SAUVONS LA PAIX AU CAMEROUN EN EXIGEANT DÈS MAINTENANT LA REFORME CONSENSUELLE DU CODE ELECTORAL POUR DES ELECTIONS LIBRES, TRANSPARENTES ET DEMOCRATIQUES».

Le 4 février 2016, cette activité républicaine et pacifique organisée à Douala était elle aussi émaillée, comme toutes les activités de notre parti jusqu’à présent, de violences policières qui ne peuvent s’expliquer que par l’ostracisme administratif et politique  décidé et assumé par le Gouvernement contre le MRC.
L’objectif politique de notre campagne est le «changement dans la paix et par les urnes» en 2018, ou avant.

Dans le cadre de cette campagne, le MRC a distribué, dans les dix régions du pays, des pétitions en faveur de cette campagne. Sur internet, il a également ouvert la possibilité pour les Camerounais de se prononcer. Malgré les obstructions administratives diverses, les intimidations policières et même les menaces exercées sur les populations, notamment dans l’arrière pays, nous avons recueilli, en dix mois, près de cinq cent cinquante mille réponses favorables à une modification consensuelle du code électorale.

Il ressort donc de notre campagne un appel populaire à une réforme consensuelle du code électoral et d’ELECAM, afin d’éviter à notre pays les affres des contestations postélectorales qui ruinent les efforts de développement dans de nombreux Etats, en particulier en Afrique centrale. La défiance des Camerounais vis-à-vis de notre système électoral actuel a été mesurée par un sondage rendu public le 2 décembre 2015, par l’université de Yaoundé II, pour le compte d’Afrobaromètre, un réseau de recherche panafricain qui mène des enquêtes d’opinions publiques dans plus de 30 pays en Afrique. Il ressort de ce sondage réalisé par un organisme indépendant et rendu public que plus de la moitié des Camerounais ne font pas confiance à ELECAM et à l’ensemble du système électoral, soupçonnés de partialité au profit du pouvoir.

En effet, sur un échantillon de 1 200 adultes composées d’autant d’hommes que de femmes repartis dans les 10 régions du pays, aussi bien en milieu rural qu’urbain, le sondage montre que:  53% de Camerounais ne font pas confiance à ELECAM; 67% des sondés émettent des réserves sur l’équité du décompte des votes; 21% sont même convaincus que les votes ne sont jamais équitablement comptés. En outre, 73% des sondés admettent l’existence de l’achat de conscience; 26% pensent même que les électeurs sont toujours soudoyés; 59% pensent que le gouvernement intimide l’opposition; et pour 11% d’entre eux, cette intimidation est même systématique.

Le succès populaire de la campagne nationale de pétition du MRC pour la réforme consensuelle du système électoral et d’ELECAM est ainsi conforté par les résultats du sondage mené par l’Université de Yaoundé II. Le pouvoir doit désormais en tirer toutes les conséquences politiques en ouvrant, sans plus tarder, au regard des échéances électorales à venir, un vrai dialogue national au terme duquel le pays doit être doté un système électoral garantissant la transparence, la liberté, la sincérité et l’équité du vote. En considérant le niveau élevé de défiance des Camerounais vis-à-vis du système électoral actuel ainsi que d’ELECAM, il serait irresponsable pour le Gouvernement d’engager le pays sur la voie des multiples consultations électorales prévues en 2018 avec la loi électoral en l’état. La persistance du pouvoir dans son entêtement à refuser cette réforme de salut public serait une indication de sa volonté de réitérer les fraudes massives et sauvages perpétrées notamment contre le MRC lors du double scrutin du 30 septembre 2013, avec le risque d’une crise électorale grave.

D’ores et déjà, le MRC prend à témoin les Camerounais et l’opinion internationale sur les multiples efforts qu’il a entrepris, dans un contexte politique hostile à la liberté d’expression et d’association, afin d’éviter des contestations postélectorales dangereuses pour la paix et la sécurité du pays. Parmi ces efforts, l’on peut citer la proposition de loi du 4 décembre 2014 jamais examinée, même en commission, plus de deux ans après, et ce en violation des textes qui règlementent le fonctionnement de l’Assemblée Nationale; la campagne nationale de pétition et de sensibilisation sur l’importance de la révision du code électoral et de la composition d’ELECAM; etc. Notre parti rappelle que ses militants et les Camerounais soucieux de l’avenir de leur pays ne toléreront pas la moindre fraude électorale lors des scrutins attendus en 2018.

Face à toute tentative de fraude électorale et aux manœuvres administratives ou autres, nous dresserons, avec les militants et sympathisants du MRC, et tous les Camerounais épris de justice et attachés au respect du choix des citoyens, une opposition pacifique jusqu’ici insoupçonnée. La communauté internationale est ici interpelée. C’est maintenant que les pays amis du Cameroun, les organisations internationales telles la Francophonie, le Commonwealth, la Communauté Économique des États de l’Afrique Centrale (CEEAC), l’Union Africaine dont la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance (CADEG) est entrée en vigueur en 2012 à la ratification du Cameroun, l’Union Européenne et l’ONU doivent agir. Ils doivent agir par les moyens appropriés, et dans le respect de la souveraineté de notre pays, pour convaincre le Gouvernement de la nécessité urgente d’opérer une réforme de fond de tout le dispositif électoral national avant les importantes échéances de l’année 2018, afin d’éviter une crise postélectorale sérieuse.

Sur la guerre contre Boko Haram,

Cette guerre, déclenchée le 17 mai 2014, entre dans sa troisième année. C’est l’occasion de féliciter nos forces de défense pour les sacrifices consentis à ce jour avec grand succès, pour barrer la voie aux extrémistes religieux armés. Certes, la guerre n’est pas encore terminée, mais les membres de la secte Boko Haram sont aujourd’hui dans une posture défensive.  Aux soldats morts au front, la patrie sera à jamais reconnaissante. Le MRC réitère sa demande de création d’un statut de pupille de la nation pour les enfants mineurs des soldats morts en guerre ainsi que la création de cimetières militaires nationaux où la nation enterrerait ses fils morts pour le drapeau.

Les succès de nos forces de défense ne doivent pas faire oublier les dérives dont sont souvent victimes les populations civiles et innocentes. Le Gouvernement doit être intraitable dans la sanction de ces dérives qui, quoique marginales, peuvent ternir la réputation de toute l’armée. Plus vite il sévira, plus vite il mettra le pays à l’abri des légitimes critiques des organisations de défense des droits de l’homme dont le rôle est salutaire dans la connaissance des réalités non officielles du terrain, du vécu et du ressenti des populations.

C’est également l’occasion de souligner les terribles sacrifices de nos compatriotes de l’Extrême Nord dont la vie est durablement désorganisée par la guerre. Le Gouvernement doit adopter des mesures financières conséquentes pour relancer l’économie de toute cette région, car l’extrême pauvreté fait le lit de tous les extrémismes.

Sur la CAN Féminine

Le MRC félicite une fois de plus les Lionnes pour leur brillant parcours. Un bel avenir les attend. Elles doivent donc persévérer dans l’effort. Le MRC regrette cependant la grossière récupération politique de cet évènement sportif par le RDPC et les courtisans du couple présidentiel. Les Camerounais ont été choqués par le culte de la personnalité d’un autre âge qui a entouré cet évènement qui aurait dû être un moment de mobilisation de la nation dans toutes ses composantes, sans exclusive. S’agissant de la gestion de cette CAN féminine 2016, le MRC demande, une fois de plus, qu’elle fasse l’objet d’un audit complet, face aux allégations de détournement et la gestion clanique qui subsistent dans l’opinion.

Sur le risque de glissement du calendrier électoral

L’année 2017 constitue le dernier virage avant l’année électorale cruciale de 2018. Cette année 2018 verra l’organisation du scrutin sénatorial en avril, des législatives et municipales en septembre et de la présidentielle en octobre. À ces scrutins, on pourrait  ajouter, si le calendrier électoral n’était pas considéré comme un secret d’État par le pouvoir, les élections régionales. Ce calendrier très chargé appelle une organisation et une planification gouvernementale rigoureuses tant en ressources financières qu’en gestion de la programmation. Sans prêter des intentions à quiconque, le MRC souligne qu’il attache un prix particulier au respect du calendrier électoral. Il rejettera avec la dernière énergie tout glissement de ce calendrier pour quelque raison que ce soit. Ni la guerre engagée contre Boko Haram en mai 2014, ni l’instrumentalisation d’une éventuelle réforme électorale engagée au dernier moment, ni les questions budgétaires ne justifieront un tel glissement contre lequel le MRC attire, un an avant, l’attention du Gouvernement. Aussi, celui-ci doit-il tout mettre en œuvre au courant de cette année 2017, pour régler tous les détails de toutes natures entrant dans la préparation et une organisation à date, réussies, de l’ensemble des élections prévues en 2018.

Mes chers compatriotes,

Ceux qui dirigent le Cameroun depuis plus d’un demi siècle ont mené notre cher et beau pays dans le mur: la crise politique multiforme, dont la question anglophone est un des révélateurs les plus saillants, se complique désormais d’un désastre économique annoncé. Quand l’incompétence se double d’arrogance, on ne peut aboutir qu’à un tel résultat. Quand je vous ai proposé il y a cinq ans d’œuvrer ensemble à la Renaissance Nationale, c’est parce que la plupart des signes de ce désastre étaient déjà présents. La situation n’a fait qu’empirer depuis lors. Nous avons le pouvoir de changer notre avenir dans la paix à laquelle notre peuple est attaché: c’est le pouvoir du suffrage. Chacun de nous, en s’inscrivant sur les listes électorales, en retirant sa carte d’électeur, en allant voter en 2018 et en veillent au respect de son choix, contribuera de façon décisive à sortir notre pays du cauchemar dans lequel il est plongé depuis plusieurs années, et où l’on l’enfonce plus encore au moment où il croyait pouvoir relever un peu la tête pour respirer un moment. Il vous revient, il nous revient à nous tous de nous assurer que l’alternance politique arrivera enfin au Cameroun en 2018, par les unes. C’est la voie royale de la démocratie, qui écarte les errements des transitions et les raccourcis aventureux de la conquête du pouvoir par la force.

Vive le Cameroun!

Le Président National du MRC
Pr. Maurice KAMTO.
Yaoundé, le 29 décembre 2016.