28
Avr 2016

Chers travailleuses et travailleurs du Cameroun, mes chers Compatriotes,

Vous allez célébrer, dans quelques heures, la 130ème édition de la journée internationale du Travail. Elle est placée cette année sous le thème «Responsabilité Sociale des entreprises et des syndicats pour le travail décent». Le terme «travail décent» était déjà présent dans le thème de l’année dernière. Mais au cours de l’année écoulée aucun signal positif n’a été donné pour l’amélioration des politiques du travail décent.

Le Cameroun étant signataire de la convention internationale pour la protection des droits de l’homme, le droit de travailler pour tout camerounais fait partie des droits de l’homme. Malheureusement, trouver et garder un emploi aujourd’hui au Cameroun, relève pour certains, de l’extraordinaire, pour d’autres de la chance, et pour bien d’autres encore, d’un coup de pouce donné par une connaissance, la corruption ayant gangréné les différents processus de recrutements.

Il est de la responsabilité première du gouvernement de notre pays de mener des politiques imaginatives, cohérentes et engagées pour lutter contre le chômage chronique des forces vives de la nation, en particulier celui des jeunes, mais aussi d’amener les entreprises et toutes les parties prenantes, dont les syndicats, à prendre conscience de leur propre responsabilité en matière d’offres d’emplois durables et de défense des intérêts des travailleurs.

Le développement durable et la responsabilité sociétale des entreprises sont aujourd’hui au cœur des préoccupations à l’échelle mondiale. Le développement durable est un développement qui permet aux entreprises de satisfaire leurs besoins présents, sans toutefois compromettre la satisfaction des besoins des générations futures, car nous sommes responsables aujourd’hui de ce qu’il leur arrivera demain. La responsabilité sociétale des entreprises est quant à elle, la prise en compte par chaque entreprise de l’impact de ses activités sur son environnement interne et externe.

Le Cameroun ne peut rester en marge de ces préoccupations. Concrètement, le développement durable exige, dans le domaine des forêts par exemple, que pour chaque arbre coupé par une entreprise, nationale ou étrangère, celle-ci ou l’organisme public en charge de la gestion du secteur forestier replante au moins un autre arbre. Sur le plan social, les entreprises doivent garantir à leurs employés des meilleures conditions de travail, impliquant des salaires acceptables et l’équité salariale, le respect de la dignité des travailleurs, le développement d’un climat de travail propice à la créativité, la promotion de l’égalité hommes-femmes dans l’emploi, la santé et la sécurité au travail.

Le MRC est conscient que dans le contexte d’une économie globalisée, où les entreprises camerounaises, jeunes et de petites tailles, doivent faire face à une rude concurrence avec de faibles ressources, leurs marges de manœuvre sont limitées. Mais tous les efforts doivent être faits afin que les employés, se sentant à l’aise dans leur entreprise, contribuent de façon optimale au développement de celle-ci. Faut-il rappeler que sans les travailleurs, il n’y a pas d’entreprise viable. C’est pourquoi une attention particulière à leurs préoccupations est nécessaire.

Par ailleurs, toute entreprise citoyenne doit, de nos jours, être préoccupée par le souci de respecter et de protéger l’environnement, en particulier contre différentes formes de pollution. La bonne gouvernance exige, entre autres, l’implication des membres des conseils d’administration et des représentants des employés dans la marche de l’entreprise. Sur ces deux sujets, nos emprises ont certainement des efforts à faire. Mais il y a va de leurs intérêts, car si la pollution découlant par exemple du non traitement des déchets industriels peuvent rapporter quelque profit aux entreprises polluantes à court terme, à moyen et à long terme elle constitue un fardeau pour lesdites entreprises autant que pour la collectivité nationale, notamment pour les problèmes de santé publique qu’elle génère. Pareillement, une mal gouvernance de l’entreprise caractérisée par l’opacité et une gestion familiale ne permet pas à toutes les parties prenantes d’apprécier et d’accepter les justes efforts qu’elles doivent fournir pour le progrès de l’entreprise, ou pour la sauver en cas de difficulté.

L’intégration de la responsabilité sociétale et sociale au sein de nos entreprises permettra à celles-ci de prendre en compte leurs différentes parties prenantes (dirigeants, employés, syndicats, fournisseurs, clients, administration, communautés culturelles, concurrents….etc.), et de mieux cerner les intérêts de chacune d’elles, afin de rechercher un équilibre entre ces différents intérêts, mais aussi de faire des entreprises des acteurs importants d’un développement durable. Il ne s’agit pas d’une affaire des entreprises des pays développés. C’est l’affaire de toute entreprise qui est non seulement un lieu de production de richesse, mais aussi un lieu de vie.

Les syndicats doivent jouer à cet égard leur rôle de vigile des valeurs d’entreprise et des valeurs sociales et collectives dans l’intérêt primordial des travailleurs qu’ils représentent. Ils ne sont pas des partis politiques. Ils ne sont pas au service du parti au pouvoir. Rien ne peut justifier qu’un syndicat adresse une motion de soutien à un chef de parti politique, fût-t-il Président de la République.

Au moment où nos entreprises font face à de nombreux défis, et que les travailleurs camerounais ont de multiples problèmes non réglés, tels que le renouvellement des conventions collectives, la caisse de retraite, les avancements, la sécurité d’emploi, et j’en passe, il est mal venu de voir les syndicats se disperser sur des questions qui ne concernent pas la défense des intérêts de leurs adhérents. Un syndicat qui se respecte constitue un bouclier pour les travailleurs de son secteur professionnel.

Chers travailleurs, mes chers compatriotes,

Depuis son lancement en 2012 dans la douleur, le MRC a à cœur l’intérêt des travailleurs, et n’a cessé de se faire l’avocat de la création et de la sauvegarde des emplois durables. La politique économique prônée par le MRC favorise l’innovation et la créativité, la formation sur mesure en fonction du marché du travail, des perspectives de l’économie nationale et internationale et des aptitudes des apprenants. Pour présenter cet ambitieux programme économique aux populations camerounaises, le MRC a lancé la «Caravane de la Renaissance» qui a démarré en novembre 2015 à Bafoussam, malgré les intimidations du régime en place, et qui se poursuivra inexorablement dans toutes les régions du pays en dépit de l’acharnement visant à nous empêcher d’aller au contact de nos compatriotes et de nous adresser à eux.

Les comportements irresponsables de certaines autorités de l’Etat mettent le Cameroun sur une mauvaise pente qui fait peser une menace sérieuse sur la paix et la stabilité de notre cher pays.

En dépit du harcèlement, des brimades, des tracasseries et des actes de violences inacceptables contre nos militants, nous ne donneront pas à ceux qui, tapis dans l’ombre conduisent ces actes honteux qui ruinent l’image de notre pays, l’occasion d’atteindre leurs objectifs que nous connaissons fort bien. Le MRC continue de plaider pour une révision consensuelle de notre code électoral, qui seule peut garantir une période postélectorale sans contestations. Il continuera d’œuvrer pour une alternance pacifique, par les urnes dans notre pays.

Nous n’avons jamais eu le moindre doute qu’avec l’engagement du peuple camerounais, nous y parviendrons. C’est pourquoi, comme à chaque occasion, je vous exhorte à aller massivement vous inscrire sur les listes électorales. Les travailleurs soucieux d’avoir des emplois stables et décents, un avenir pour leurs enfants et un pays prospère où règne une concorde bâtie sur la confiance, doivent le faire savoir le moment venu dans les urnes.

Bonne fête du travail !
Vive les Travailleurs camerounais !
Vive le Cameroun !

Maurice KAMTO,
Président National du MRC.
Yaoundé, le 28 avril 2016.