21
Nov 2017

Depuis le début de la crise anglophone, le MRC a exprimé sa condamnation sans équivoque de la violence et des assassinats de quelque bord que ce soit. Dans la continuité de cette position constante, le MRC dénonce et condamne l’assassinat, survenu entre le 6 et le 8 novembre 2017, de soldats et de civils dans la Région du Nord-Ouest. Il présente ses condoléances aux familles des victimes ainsi que ses vœux de prompt rétablissement aux blessés.

Après l’assaut punitif inutile et non justifié du 1er octobre 2017 lancé par l’armée sur les Régions du Nord-Ouest et du Sud-ouest, les attaques armées menées par des assaillants – qui assument leurs forfaits – contre les Forces de maintien de l’ordre marquent un tournant critique dans ce qui était au départ une crise politique, mais que le Gouvernement s’est évertué à transformer en crise sécuritaire et qui est en passe de devenir une guerre civile.

Ce terrible basculement de la situation est le résultat de l’insolente indifférence du Président de la République, Paul BIYA, vis-à-vis des problèmes des Camerounais, de l’intense activité verbale de quelques ministres et fonctionnaires pyromanes et de l’irresponsabilité politique du RDPC et de ses partis alliés qui, manifestement aveuglés par la rente que leurs dignitaires tirent du pouvoir, ne réalisent pas encore que le Renouveau vient d’engager le pays dans l’aventure. Le Président de la République, le Gouvernement, le RDPC et ses partis alliés ont pourtant été, depuis décembre 2016, en permanence alertés sur les risques réels de basculement du pays dans la guerre civile aussi bien par les partis et les organisations de la société civile camerounais, les organisations internationales, les rapports des centres de recherches spécialisés que par les pays amis du Cameroun.

Malheureusement, depuis les attaques armées contre les Forces de maintien de l’ordre les 6, 7, 8 novembre dernier, on semble définitivement entré dans l’escalade de la guerre civile; la sagesse populaire qui enseigne qu’il ne suffit pas à un malade de briser nerveusement le thermomètre qui indique les symptômes d’une crise aigue de fièvre pour recouvrer sa santé est aujourd’hui vérifiée.

En effet, les insultes et les railleries déversées publiquement par des officiels, certains militants du RDPC et des partis alliés de celui-ci au sein du Gouvernent sur tous ceux qui ont tenté d’alerter le Président de la République sur les risques de dislocation du pays et donc de guerre civile n’ont pas suffit à conjurer cette redoutable menace. Le Président BIYA, qui a hérité du pouvoir le 6 novembre 1982 dans un pays uni et enfin en paix a, avec le soutien aveugle de ses partisans, réussit par sa distance arrogante vis-à-vis des Camerounais et son indifférence face à leurs préoccupations légitimes à faire plonger le pays dans ce qui apparaît de plus en plus comme une guerre civile. Depuis mai 2014 qu’il a engagé l’armée dans la partie septentrionale du pays, il ne s’est jamais senti obligé d’aller à Maroua apporter le réconfort de la Nation aux populations de l’Extrême-Nord, malgré les morts et les souffrances de ces mêmes  populations.  Comme j’ai déjà eu à le dire, le temps de l’argutie sur le « Temps du Président » et de la philosophie sur « les silences présidentiels » est révolu.

Comment le président BIYA, élu depuis plusieurs mandats successifs avec des scores de près de 80% des suffrages, peut il avoir autant peur d’approcher son peuple? Y compris même quand celui-ci est dans la plus grande détresse et que l’urgence de son intervention politique est vitale?

Le Président de la République doit enfin se rappeler qu’il est au service des Camerounais et du Cameroun et non l’inverse! Il doit pour cela s’investir désormais sans réserve dans l’arrêt de la guerre civile débutée dans le Nord-Ouest qui menace le Sud-Ouest mais qui peut embrasser l’ensemble du pays.

A cet égard, le MRC l’invite à :

  • Sortir de sa condescendance politique vis-à-vis des Camerounais;
  • Libérer et arrêter les poursuites contre toutes les personnes détenues dans le cadre de la crise anglophone;
  • Présenter les condoléances de la Nation aux familles de toutes les victimes et les excuses du Gouvernement aux populations des deux Régions ;
  • Aller lui-même à la rencontre des populations desdites régions qui mendient depuis le début de la crise sa venue pour leur annoncer les contours des discussions politiques, puisque les échecs du Gouvernement et du Premier Ministre sont désormais patents;
  • Organiser le dialogue politique national qui traitera outre l’épineuse question anglophone, les questions électorales, notamment de la révision du Code électoral, et les réformes institutionnelles.

Le Président National du MRC
Maurice KAMTO
Yaoundé le 21 novembre 2017