10
Déc 2017

Le MRC est engagé, depuis sa création, dans la construction des conditions d’une alternance par les urnes et dans la paix au Cameroun. Il prône le respect des institutions et de ceux qui les incarnent. Sur ces bases, il condamne sans réserve toute forme de violence.

Patrice NGANANG est un écrivain qui a un style qui trahit l’amertume et la colère qui l’habitent face à l’incompétence et à l’incurie de ceux qui tiennent le pays par la terreur depuis plus de trente cinq ans.

Cette colère lourde que l’on sent sincère est celle des familles de milliers de jeunes Camerounais qui sont contraints à l’exil à cause de la mauvaise gouvernance systémique du régime du Renouveau, des migrants désespérés que l’on a vu réduits en esclavage en Lybie et de leurs familles.

Elle est celle des millions de Camerounais dont la seule certitude est aujourd’hui l’incertitude: incertitude sur la pitance quotidienne, sur l’accès aux soins de santé et à l’éducation, etc.

Elle est celle des parents du Nord-Ouest et du Sud-Ouest qui voient leurs enfants être tués et les enfants venus d’autres régions servant sous les drapeaux venir se faire assassiner devant leurs portes.

Elle est enfin celle de ces mêmes parents qui constatent, impuissants, que depuis deux rentrées scolaires, leurs enfants ne peuvent pas aller à l’école sans pourtant que cela perturbe le sommeil du Président BIYA dont deux des enfants vont bientôt être déclarés « admis » à l’ENAM et rêver, comme leur père, d’une carrière administrative et politique glorieuse.

Cette colère est aggravée par le fait que la gérontocratie qui gouverne ne se refuse aucun plaisir sur les deniers publics et que leurs progénitures sont « inscrites » dans toutes les grandes écoles du pays pour prendre leur relève au sein des administrations et au sommet de l’État.

L’écrivain Patrice NGANANG en colère s’exprime à sa manière pour le compte du Camerounais ordinaire. C’est ainsi qu’il faut appréhender le coup de sang de cet écrivain qui, par amour pour son pays, est rendu fou par l’incompétence d’un régime dont l’objectif politique est, en définitive, moins de gouverner que de durer au pouvoir, y compris en écrasant délibérément par la misère le peuple qu’il tient uniquement par la terreur que trahit le culte de la personnalité poussé à son paroxysme.
Ce n’est donc pas l’individu Patrice NGANANG qui a été arrêté comme veut le faire croire le Gouvernement, c’est bien l’écrivain habité par la rage d’un peuple étouffé par une dictature reptilienne qui se trouve actuellement entre les mains de ceux dont il dénonce, pour le compte du Camerounais ordinaire, l’incurie et les travers.
Selon les avocats, l’outrage au Chef de l’État, le faux et usage de faux, l’apologie de sécessionnisme et la menace de mort sont les motifs annoncés de l’arrestation de l’écrivain.

L’outrage au chef de l’État et l’apologie du sécessionnisme sont des motifs éminemment politiques qui dévoilent le caractère autoritaire du régime et attestent que l’écrivain Patrice NGANANG est un prisonnier politique supplémentaire du président BIYA.

Puisque le régime est si prompt à condamner ceux qu’il accuse d’outrage au chef de l’État, qu’attend-il, par exemple, pour juger et punir monsieur OKALIA BILAÏ, Gouverneur du Sud-Ouest, qui dans un reportage diffusé le vendredi 22 septembre 2017 au journal de 17 heures du Poste national de la CRTV, a traité les populations dont il a la responsabilité de chiens ? Qu’attend t-il pour lever l’immunité du sénateur RDPC de Vallée du Ntem, OBAM-ASSAM Samuel, qui, en pleine guerre civile dans le pays a déclaré, selon les médias, au cours d’un échange houleux au Parlement avec son collègue du SDF, Jean TSOMELOU, avoir ordonné à son fils colonel dans l’armée de tuer 30 anglophones? Qu’attend-il pour poursuivre les journalistes qui, sur une chaîne de télévision émettant depuis le quartier Nsam à Yaoundé, animent en mondovision la haine contre les anglophones?

Le régime prend un risque irréfléchi de poursuivre l’écrivain Patrice NGANANG pour faux et usage de faux et immigration clandestine quand on sait qu’au cœur de ce régime, nombreux sont les dignitaires qui, en violation des lois camerounaises, sont détenteurs de multiples passeports. En cette pré-veille électorale, ce point de l’accusation portée contre l’écrivain peut être un mal pour un bien. Il peut en effet constituer une occasion politique unique où pourraient venir témoigner toute personne et toutes les chancelleries accréditées au Cameroun susceptibles d’aider la justice à établir que parmi ceux qui dirigent le pays au sein de l’exécutif, au parlement et dans la magistrature il y aurait des « faussaires » détenteurs de passeports étrangers. En clair, ce point de l’accusation permettra de faire le procès de ces dignitaires du régime, nombreux et insoupçonnés, porteurs de passeports étrangers et qui de manière faussement patriotique refusent par simple égoïsme et contre le progrès, l’adoption de la loi sur la double nationalité susceptible d’ouvrir aux populations les opportunités qu’ils gardent jalousement pour eux et leur descendance.

L’écrivain Patrice NGANANG, à travers son coup de sang, voulait simplement dire au Président de la République que la situation du pays est désormais intenable, conscient qu’il doit être qu’il ne lui sera jamais donné de rencontrer le Président Paul BIYA que même ses plus proches et très importants collaborateurs ne perçoivent furtivement qu’à l’aéroport lorsqu’il leur laisse les « dernières consignes » avant ses nombreux et onéreux « courts séjours privés en Europe » ou, quand à son retour, ils lui font, tout apeurés, le point sur la situation du pays. L’écrivain Patrice NGANANG est par conséquent un lanceur d’alerte. Il doit être libéré, et la profondeur de sa colère analysée de façon lucide par le Président BIYA dans un pays désormais qui tourne en délabrement.

La Communication du MRC,
Yaoundé le 10 décembre 2017